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Hautes-Pyrénées : la colère des champs, retenue mais bien réelle

vendredi 26 septembre 2025, par rédaction

Dans le cadre de la journée de mobilisation nationale, une délégation de la FDSEA 65 et des jeunes agriculteurs a été reçue par le préfet des Hautes-Pyrénées Jean Salomon. ils ont fait le point à leur sortie :

Jean-Luc Lafonta explique qu’un mouvement national, lancé par la FNSEA et les jeunes agriculteurs, a eu lieu ce jour pour protester contre les conditions d’exercice et la situation économique des agriculteurs. Cependant, dans les Hautes-Pyrénées, la mobilisation n’a pas été envisagée, car la période est trop chargée : ici, la sécheresse et la récolte occupent pleinement les agriculteurs, qui tentent de sauver ce qu’ils peuvent.

La préfecture évite cette mobilisation cette fois, mais cela ne durera pas, car d’autres enjeux importants restent à traiter. Sur le plan européen et national, la position est claire : non au Mercosur pour protéger la production agricole locale. La négociation de la réforme de la PAC 2027-2034 est mal engagée, avec des budgets réduits, une dégressivité des aides qui pénaliserait les exploitations plus petites, et un budget agricole qui pourrait être dilué dans d’autres secteurs.

Au niveau local, des demandes ont été faites, notamment une exonération des impôts fonciers, qui sera effectivement accordée, même si le montant reste à préciser. Des aides spécifiques pour les grandes cultures ont aussi été demandées, mais les dispositifs d’indemnisation actuels sont peu adaptés, notamment la Réserve nationale, qui n’indemnisera qu’une petite partie des pertes liées à la sécheresse ou à la baisse des prix.

Les pertes pour le département des Hautes-Pyrénées sont estimées à environ 50 millions d’euros, soit plus de 1 000 euros par hectare, ce qui montre l’ampleur de la crise. Les agriculteurs demandent également de ne pas être obligés de semer des cultures coûteuses cet hiver, notamment pour les couverts végétaux, et réclament une exonération des cotisations sociales pour faire face à leur situation difficile.

Jean Luc Lafonta insiste sur la nécessité d’un soutien accru de l’État face à une crise sans précédent, tout en soulignant que la mobilisation nationale se poursuit pour défendre leurs intérêts.

LES PREDATEURS :

Grégory Oudouin, de la FDSEA 65, a expliqué au préfet les problèmes liés aux attaques de prédateurs sur les animaux vivants en zone ouverte.

Il précise que la FDSEA n’est pas opposée aux prédateurs eux-mêmes, mais qu’une surpopulation de ces animaux entraîne des attaques sur des animaux en pleine santé. Il demande que, dans les mois à venir, des mesures soient prises pour réguler cette population, car ces prédateurs ont leur place dans la chaîne alimentaire, mais leur nombre doit être maîtrisé.

Aujourd’hui, il n’est plus envisageable pour les éleveurs de surveiller constamment leurs animaux, que ce soit en plaine ou en montagne. La première étape consiste à utiliser des moyens d’effarouchement, mais cela ne sera probablement pas suffisant à terme. Des solutions plus avancées devront être envisagées.

De plus, M.Oudouin revient sur le bien-être animal : historiquement, il est préférable que bovins, ovins ou caprins restent dehors pour leur santé et leur hygiène. Aujourd’hui, ils doivent être enfermés dans des stabulations, ce qui pose des problèmes sanitaires qui n’existaient pas lorsque les animaux étaient en plein air, surtout en septembre, par beau temps. « Le préfet m’a répondu qu’il faisait son travail, il fait suivre l’affaire ».

Les éleveurs reconnaissent que les prédateurs jouent un rôle dans le nettoyage de la montagne, mais ils s’opposent aux attaques sur leurs exploitations, ce qui n’était pas l’objectif initial du Vautour.

Concernant le loup, des progrès sont faits, mais la situation reste floue. Une réunion avec la DDT est prévue pour mieux comprendre la réglementation et définir un cadre légal clair.

Pour les sangliers, Thomas explique : « Aujourd’hui, les dégâts causés par les grands gibiers, notamment sangliers et cerfs, s’accentuent dans plusieurs secteurs du département, comme la vallée de la Neste, le plateau de Lannemezan, Galan, ou encore la vallée de l’Adour. Malgré l’engagement des louvetiers, leur action reste peu efficace face à la croissance continue de la population et aux dégâts qui s’étendent. »

Il demande une évolution de la législation, notamment en autorisant des tirs de nuit, y compris par les agriculteurs, pour protéger les récoltes, particulièrement au printemps, où les dégâts sur le maïs sont importants. Enfin, il insiste sur la nécessité de trouver des solutions collectives, en coopération avec les chasseurs et tous les acteurs, car chacun seul ne peut faire face. Malgré la mise en place de clôtures, certains sangliers et cerfs passent encore, car ils se sont adaptés. Le piégeage doit également être développé rapidement pour limiter ces dégâts.

L’IRRIGATION 

Wilfried Daifra pour les jeunes agriculteurs : « En ce qui concerne l’irrigation dans la Vallée de l’Adour, la situation devient critique. Comme je l’ai expliqué au préfet, le volume d’eau alloué se réduit d’année en année : les parts d’irrigation deviennent de plus en plus petites, ce qui ne suffit pas à couvrir les besoins croissants liés au changement climatique.

Un arrêté a été pris par le préfet de région pour diminuer encore ces volumes d’eau, malgré une consultation des agriculteurs qui soulignait l’importance vitale de l’irrigation. Pourtant, cette consultation n’a pas changé la donne : le problème persiste, et le coût de l’eau explose, alors que les prix de vente des cultures chutent chaque année, ce qui met en péril la rentabilité des exploitations.

 

Le système agricole mondial ne nous laisse pas le choix : nous ne pouvons pas influencer les prix, nous sommes donc piégés. La baisse des prix de 30 % par rapport à il y a quelques années, et de 40 % par rapport à l’an dernier, aggrave la situation. Contrairement à certaines idées reçues, l’agriculture n’essaie pas de privatiser l’eau : nous gérons nos prélèvements de façon responsable, sans impacter le milieu. Pourtant, face à cette gestion, nos autorités restent souvent impuissantes ou peu engagées. Si rien ne change, demain, ceux qui n’irriguaient pas auparavant seront peut-être obligés de le faire, ce qui ne sera pas possible si les volumes d’eau continuent à diminuer. À terme, cela risque de provoquer des conflits et une véritable “guérilla” de l’eau toute l’année.

Sans l’eau, la vie n’est tout simplement pas possible. C’est pourquoi il est crucial que ce sujet soit entendu et pris en compte ».

Nicole Lafourcade