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Succès de « Carnage » à Château de Perron (Madiran)

mercredi 12 août 2026, par rédaction

Le chai du Château-de-Perron daté de 1734, avec ses poutres, ses piliers centenaires, ses tonneaux alignés contre ses murs en galets, se transforme occasionnellement en salle de spectacles pour accueillir des pièces de théâtre. Cette année, il a fallu rajouter à la hâte plusieurs dizaines de chaises et des bancs aux cent vingt places prévues pour accueillir ceux qui étaient venus sans réservations. A l’affiche de ce samedi 8 août la pièce de théâtre « Carnage » adaptée d’un film de Roman Polanski de 2011, lui-même adapté de la pièce de théâtre « Le Dieu du Carnage » de Yasmina Reza (2008). Un spectacle qui a tenu en haleine tous les spectateurs jeunes et moins jeunes qui s’étaient déplacés en nombre à Château de Perron.

Entre drame et comédie satirique

C’est l’histoire de deux couples que tout oppose socialement, intellectuellement et philosophiquement qui sont amenés à se rencontrer pour régler à l’amiable une bagarre entre leurs fils âgés de 11 ans. Michel un grossiste et Véronique une artiste engagée, sont les parents de Bruno l’enfant édenté par un coup de bâton donné par Ferdinand le fils d’un couple de nouveaux riches, Alain et sa femme soumise Annette. Alain le mari dirige un groupe pharmaceutique qui exploite la pauvreté des pays du tiers-monde en testant sur eux des médicaments. Tout commence à merveille, par des échanges d’amabilité malgré une tension sous-jacente avant que la rencontre dégénère entre les deux couples qui se déchirent entre eux. Puis entre conjoints avec des rebondissements sous l’emprise de l’alcool qui libère la parole. Les deux femmes se rapprochent face à leurs maris devenus complices avant de se déchirer à nouveau entre elles, soutenues à nouveau par leurs maris… Au milieu des cris, des objets renversés, des coups échangés, interrompus fréquemment par des appels téléphoniques intempestifs, il y des moments d’humour savoureux sur une satire bien sentie de deux mondes irréconciliables. La pièce montre à plusieurs niveaux que l’humain est par nature violent et primaire et que les règles arbitraires de politesse et de savoir-vivre ne peuvent pas empêcher le carnage. Le dialogue amorcé au début de pièce par une déclaration juridique est supplanté par des actes de violence physique à la fin.

Des comédiens inspirés

Paul-Henri Vechambre (Michel Houillé), Marine Ramel (Véronique Houlliée), Céline Bévierre (Annette Reille), Clément Perderau (Alain Reille) qui incarnaient à merveille les deux couples qui se déchirent sur scène, ont eux-mêmes réadapté la pièce originale pour jouer à Château de Perron. Les quatre comédiens avaient la lourde tâche de succéder à Isabelle Huppert, André Marcon, Valérie Bonneton et Éric Elmosnino dans la pièce jouée en 2008 au théâtre Antoine à Paris puis à Bruxelles. Une pièce qui a été jouée des centaines de fois et traduite des dizaines de fois pour être montée à Madrid, à New-York, à Montréal, à Tokyo, à Séoul, à Beyrouth et en Russie… Au cinéma les deux couples étaient incarnés par Jodie Foster, Kate Winslet, Christoph Waltz et John C Reilly. Un vrai défi relevé et réussi par les quatre comédiens qui ont eu une semaine sur place pour peaufiner les textes, s’imprégner des personnages, monter le décor, l’éclairage et la sonorisation. Un décor installé au milieu des spectateurs qui étaient assis devant et derrière la scène pour être au plus près. Depuis 2019, à l’initiative d’Antoine de Saint-Sernin qui avait des amis comédiens, le Château de Perron accueille au milieu des vignes des résidences d’artistes. Depuis le début, un cercle d’amis comédiens, qui se sont connus au cours Florent à Paris, se produisent à Château de Perron au gré de leurs disponibilités et du nombre de personnages dans les pièces. Tous sont des comédiens professionnels qui viennent de Toulon comme « Véronique » et de la Région parisienne comme « Annette », « Michel » et « Alain ».

Jean-Jacques Lasserre