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TPR : A la découverte de Christian Etchebarne

jeudi 8 août 2019 par Rédaction

Un entretien réalisé par téléphone à la veille de la reprise des entraînements du Stado-TPR, afin de découvrir un homme dont la nomination tardive, comme entraîneur des trois-quarts, a nourri de nombreuses interrogations chez les supporters.

Yannick Vignette avait fait de l’arrivée de Christian Etchebarne une priorité, autant pour ses qualités techniques qu’humaines. Les deux hommes, qui ont travaillé ensemble pendant trois ans à Mauléon*, s’apprécient énormément et se font mutuellement confiance. De plus, ils partagent la même vision du rugby et sont de gros bosseurs. Les deux hommes se connaissaient depuis une dizaine d’années, avant d’entraîner ensemble et de tisser des liens très forts qui perdurent aujourd’hui encore.

*Une démission fracassante 

La démission surprise de Yannick Vignette et de Christian Etchebarne avait été qualifiée de « Coup de tonnerre à Mauléon » par la presse béarnaise. Les deux hommes ont maintenu Mauléon (tout juste promu de Fédérale 2 en 2013), pendant trois ans en Fédérale 1. Avant de claquer brutalement la porte, à l’issue d’un match perdu à domicile contre Castanet, en janvier 2016. Pas à cause de cette défaite ou d’une divergence avec le Président Queheille, ni avec les joueurs, mais à cause de l’intervention jugée « déplacées et irrespectueuse » d’un membre du club qui est intervenu dans les vestiaires en l’absence des entraîneurs. Une démission immédiate, à l’issue du match, expliquée par Yannick Vignette à notre confrère Sud-Ouest. « Avec Christian, on n’aime pas travailler dans ces conditions, c’est pour cela qu’on a décidé de stopper l’aventure et de l’annoncer aux joueurs à la fin de la partie. C’était clair dans nos têtes. J’étais en colère. Ce qui s’est passé est anormal. Nous n’avons pas toujours la même vision des choses, ce que je peux comprendre, mais on peut malgré tout réussir de grandes choses lorsqu’on est soudé, que la confiance est sans faille. Nous avons réussi des choses incroyables les saisons précédentes car nous avions cette totale adhésion. Ce n’est plus le cas. Ça a été la goutte d’eau... » Une décision dont a été totalement solidaire Christian Etchebarne malgré son attachement à Mauléon où il a débuté le rugby.

International militaire avec Aucagne…

La ferme familiale se trouve à Gotein Libarrenx, un petit village de moins de 500 habitants à 4 kilomètres de Mauléon où Christian Etchebarne a joué en Cadets, en Juniors et en première à 17 ans (en Fédérale 2), avant de rejoindre Oloron (Fédérale 1) puis Bayonne (Groupe A2), (l’actuelle Pro D2). En Equipe de France Militaire, il a joué avec les Collazzo, Bruno, Daudet, Magellan, Aucagne, Darquier… « C’était une année sympa » se souvient Christian Etchebarne qui, depuis ses débuts et malgré un beau gabarit pour l’époque, a toujours joué au centre. De par sa taille, et sur les conseils de son père, il a joué au basket jusqu’à quinze ans avant de rejoindre ses copains au rugby. Ses aptitudes, balle en main et sa vitesse, lui ont permis de jouer au centre sans passer par un poste d’avants au vu de son gabarit.

… et à l’Aviron avec Etcheto

L’ancien centre est passé par le Bataillon de Joinville (point de passage obligé des meilleurs jeunes rugbymen qui faisaient le Service Militaire), où ont servi de multiples internationaux. Ce qui classait un rugbyman parmi les meilleurs joueurs de sa génération, même si Christian Etchebarne n’a joué que quatre saison dans un grand club, l’Aviron Bayonnais où il a côtoyé les Peytavin, Etcheto, Larrechea, Gonzalez, Condom… En 1996, il avait été contacté et reçu par Clermont-Ferrand, qui était alors à la pointe du professionnalisme dans le rugby. Mais l’Aviron, pour le conserver, lui a offert un poste à la Mairie de Bayonne. Entre devenir pro, sans gage d’avenir en cas de blessure ou l’opportunité de devenir fonctionnaire, le choix de la raison familiale et de la sécurité professionnelle a parlé.

Le travail prioritaire sur le sportif

Un vrai choix de vie pour ce fils d’agriculteurs basques qui a fait de son avenir professionnel une priorité, alors que le rugby pro en était à ses balbutiements et que peu de gens croyaient en son avenir. « A l’époque, on n’était pas trop professionnel, c’était le début et ma priorité, c’était de trouver un travail. J’ai toujours fait mes choix sportifs en fonction du travail », confie l’international militaire. Après quatre années, Christian Etchebarne signe à Tours où la Mairie lui propose une évolution de carrière. En 2001, Tours devient Champion de France de Promotion Nationale (Equivalent de l’ex Fédérale 1 Elite) contre Albi, sous la houlette de Jean Anturville. Ensuite, le centre basque saisit une nouvelle opportunité professionnelle en se mettant en disponibilité de la fonction publique pour travailler à l’entreprise Cancé et jouer à Nay (Fédérale1), où il terminera sa carrière de joueur. « J’ai fait un vrai choix professionnel parce que je voulais absolument apprendre un métier. Depuis, tout petit à la maison, le travail, c’est un peu la culture familiale » (rires…). Il travaille au Bureau d’Etudes de Cancé pendant une quinzaine d’années avant de reprendre et de développer l’exploitation familiale. Aujourd’hui, il possède un troupeau d’une soixantaine de Blonde d’Aquitaine, qu’il élève pour la viande. A son retour dans la Soule, il s’occupe des Juniors de Mauléon où il entraîne Gilen Queheille. Après deux saisons et un quart de finale, le club lui propose d’entraîner, avec Yannick Vignette, l’équipe fanion qui vient de monter en Fédérale 1. 

Des liens d’amitié très forts

Les deux entraîneurs ont tissé des liens forts durant leurs trois saisons en Fédérale 1 à Mauléon. « On n’a jamais eu de relations aussi fortes après ces trois ans d’entraînement », confie Christian Etchebarne. « Yannick, c’est un garçon sérieux. Il a un esprit de compétiteur, c’est un gros travailleur et à côté de ça, il a de grosses compétences rugbystiques. C’est pour ça, que quand il m’a appelé, je n’ai pas longtemps hésité. » Après avoir quitté Mauléon, l’ex-centre est parti entraîner Saint-Palais en Fédérale 3. Yannick Vignette rêvait de reformer un duo avec le Mauléonnais mais celui-ci n’était pas vraiment au courant. « Il m’en avait parlé à demi-mots. On n’en avait jamais trop parlé, car il attendait que le club donne d’abord son accord, pour ne pas me mettre de la pression. Après, ça s’est fait vite, quand il m’a appelé pour savoir si j’étais d’accord. J’ai rencontré le Président Lionel Terré, qui tire dans le même sens et qui est très ambitieux pour le club. Ça a fini de me convaincre. » Retrouver Yannick Vignette est un véritable plaisir, qu’on ressent dans sa voix, quand il parle de relations humaines fortes. Mais Christian Etchebarne a été aussi tenté par le challenge de faire remonter Tarbes en Pro D2, « pour n’avoir cette fois aucun regret. » Avec le temps et les réflexions de ses amis, « qui le traitent de fou d’avoir refusé », il se demande parfois, s’il n’aurait pas dû partir à Clermont-Ferrand. Mais c’était dur de rompre avec la culture du travail inculquée dans sa famille et il avait choisi de rester à la Mairie de Bayonne. Cette fois, il ne veut plus prendre le risque d’avoir des regrets et c’est aussi, en partie, ce qui l’a décidé à entraîner Tarbes. Pour cela, il a aussi mis en veilleuse le Cabinet de Bureau d’Etudes qu’il a monté en quittant l’entreprise Cancé.

Il ne faut pas oublier la conquête et les bases du rugby

Quand on lui dit que c’est la première fois qu’il va se consacrer à part entière et quotidiennement au rugby, il coupe. « A Mauléon, même si le club était amateur, on jouait contre des équipes professionnelles et pour rivaliser un minimum, il fallait travailler au quotidien. Les joueurs s’entraînaient trois fois par semaine mais avec Yannick, on faisait beaucoup de vidéos et de nombreuses heures de préparation pour les entraînements. » Le nouvel entraîneur sait ce qui l’attend et il s’est rendu disponible pour vivre une nouvelle aventure rugbystique. « C’est ma femme qui va s’occuper de l’exploitation. Elle sera là pour surveiller. J’ai fait les foins et le plus des gros travaux et maintenant, c’est surtout de la surveillance. » Au-delà des compétences, l’entente entre les deux hommes devrait être un vrai plus pour l’équipe qui a souffert l’an passé des divergences de deux entraîneurs qui ne s’adressaient plus la parole. Là, les deux hommes sont sur la même longueur d’ondes rugbystiques et ils s’estiment mutuellement. Leur amitié s’est forgée dans la difficulté à Mauléon et a perdurée depuis. Christian Etchebarne, comme tout basque aime le jeu, accompagné de combat. « Comme tout entraîneur, j’aime le mouvement général, j’aime le rugby aéré, mais c’est toujours très compliqué d’y arriver. Et pour y arriver, il ne faut pas oublier la conquête et les bases du rugby. » Car sans ballon pas de jeu et sans combat pas de ballon à jouer.

J’adore le jeu et je ne suis pas du style à verrouiller les joueurs

Les deux hommes aiment et sentent le même rugby : « On se complète » assure l’ex-centre. Un rugby qui demande aussi beaucoup de rigueur et de justesse technique pour arriver à mettre le jeu en place et assurer sa continuité. Malgré son physique (1,85 m, 95 kg) et sa réputation de « joueur combatif au gros mental », cet excellent défenseur, aimait faire jouer ses partenaires. « J’ai toujours joué avec des joueurs différents de moi, car c’est important d’avoir de la complémentarité. A Bayonne, par exemple, je jouais avec Vincent Etcheto, qui ne défendait pas trop (rires…) mais avec qui je me régalais. » En bon Basque bondissant Christian Etchebarne est porté vers le jeu malgré un gabarit de coffre à ballon et une trogne de pilier. « C’est vrai, j’étais un centre physique mais moi, j’adore le jeu. Avec les Juniors de Mauléon, on jouait dans tous les sens et de tous les côtés. J’adore ce rugby là, même si c’est très dur de le mettre en place. Il faut être patient, même si ça prend beaucoup de temps. » Et de la patience, en vrai fils de la terre, Christian Etchebarne en a à revendre et il va s’atteler à essayer de faire du jeu. « J’adore le jeu et je ne suis pas du style à verrouiller les joueurs, à les bloquer. Au contraire, je vais même les pousser à faire du rugby. » Une volonté qui ne va pas à l’encontre de celle de Yannick Vignette qui a toujours, incité ses joueurs à faire du rugby, mais pas de n’importe où et n’importe comment. Les deux hommes sont en parfait accord là-dessus. D’ailleurs si Yannick Vignette a tenu à la venue du technicien basque, c’est pour apporter un plus derrière, à l’instar de Jean-Charles Laran, en fin de saison dernière.

Yannick ne se trompe pas trop dans ses choix

Même s’il a vu quelques matchs du TPR, l’an passé et cette saison, le futur entraîneur ne souhaite pas porter un jugement. « Ce n’est pas évident, quand on arrive, de parler d’une équipe ou d’un club », s’excuse Christian Etchebarne qui a conscience que sa venue suscite beaucoup d’interrogations alors que beaucoup s’attendaient à l’arrivée d’un technicien bigourdan. « Beaucoup doivent se demander d’où j’arrive et qu’est-ce-que je fais là. » Ce qui est sûr, c’est que les deux entraîneurs tireront dans le même sens et c’est primordial. « Quand il y a un désaccord, les joueurs le sentent de suite » signale l’adjoint de Yannick Vignette. Il a suivi de loin le recrutement du Stado et sait qu’il va avoir un effectif très jeune, de joueurs en devenir. « Yannick m’en a parlé. Ce sont des joueurs qui ont vraiment envie de relancer leur carrière. Il y aura sûrement un bon état d’esprit et des joueurs qui vont s’accrocher dur, j’espère. » La saison dernière, le Manager tarbais avait réussi un sans faute dans son recrutement et même des joueurs en demi-teinte en début de saison avaient fini par s’imposer. « Yannick ne se trompe pas trop quand il fait ses choix, » confirme son ancien et futur adjoint qui, là aussi, est sur la même longueur d’ondes. « Quand on discute de rugby, on apprécie le même profil de joueur. Quand on faisait les compositions d’équipes, à Mauléon, on avait parfois à batailler sur un remplaçant, mais en général, on avait la même équipe. C’est vraiment agréable de voir le rugby et les joueurs de la même façon… Du coup il n’est pas du tout inquiet de la qualité de l’effectif. « Quand il me parle des joueurs, je sais déjà les joueurs que je vais trouver, sans les avoir vus. Je lui fais entière confiance. » L’ancien international militaire a sacrifié sa carrière rugbystique pour faire plaisir à ses parents en faisant un vrai métier, tout en continuant à jouer au plus haut niveau amateur. Christian Etchebarne n’est pourtant pas inquiet de devoir diriger des joueurs professionnels. Car pour lui, la qualité d’un joueur ne se résume pas à son statut mais à ses performances sur un terrain. D’ailleurs les Tarbais, la saison dernière, ont rencontrés plusieurs très bons joueurs sur tous les terrains de la Poule 2. La différence se faisait au niveau de la préparation physique, de la musculation et de la récupération mais ces joueurs « amateurs » pouvaient leur en remontrer au niveau de la qualité technique et de l’engagement.

Déjà la tête à Graulhet

Yannick Vignette n’a cessé d’avertir ses joueurs l’an passé et cette année Christian Etchebarne tiendra le même discours de mise en garde, contre ces équipes qui jouent le match de leur vie, devant leurs familles et leurs amis d’enfance. A commencer par le premier déplacement à Graulhet. « J’ai été dans cette position là, avec Mauléon où on recevait Aix-en-Provence avec qui on a fait match nul. » se rappelle le Mauléonnais. « La seconde saison, on perd d’un point contre Nevers à la maison. » Déjà, avant même le premier entraînement, Christian Etchebarne se projette sur le premier match de la saison : « A Graulhet ce sera un très, très dur, combat. Car ce sera le premier match de la saison et il faudra qu’on se prépare qu’en ne pensant à celui-là. Il faut gagner le premier ! » Christian Etchebarne connaît bien la motivation des petites équipes qui arrivent à se transcender contre les gros. « A Mauléon, on en a tapé des gros à la maison. C’est un vrai plaisir de les jouer et les joueurs, il n’y a pas besoin de leur faire de la motivation derrière. Ils se donnent à 200%. » D’autant qu’au Pays Basque, on nait avec une pelote et un ballon de rugby dans le berceau. « Il y avait à Mauléon des joueurs qui avaient le niveau pour être professionnels et qui avaient de grosses qualités de main » confirme l’ex-entraîneur des Basques. « Depuis tout petit, on fait de la pelote et on joue au rugby et c’est peut-être pour ça qu’on a de bonnes qualités de main… »

Propos recueillis par Jean-Jacques Lasserre