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La manifestation pour l’abrogation de la loi El Khomri réunit près de 700 personnes à Tarbes

jeudi 15 septembre 2016 par Rédaction

Le défilé du 15 septembre 2016 contre la loi « Travail » dans les rues de Tarbes a rassemblé près de 700 personnes, 800 selon l’intersyndicale CGT-FO-FSU-Solidaires. Après six mois de lutte contre une loi qui a profondément ébranlé le monde du travail et la société française, les syndicats comptent poursuivre leur action sur le plan judiciaire. Sans oublier de soutenir les mouvements sociaux des prochaines semaines dans les entreprises et les services publics. 

« Le peuple refuse la loi Travail. Le gouvernement l’impose. Où est la démocratie ? ». La pancarte de cette jeune femme, qui défile par dérision avec un déguisement rose et blanc, résume l’indignation des manifestants dans les rues de Tarbes, ce jeudi 15 septembre. Le rendez-vous des quais de l’Adour a rassemblé près de 700 personnes, 800 selon les quatre syndicats organisateurs de la manifestation : la CGT, FO, la FSU et Solidaires. Devant la Bourse du Travail, trois jeunes femmes déploient la banderole du « Comité CGT des Privés d’emploi et Travailleurs Précaires », frappée du logo éloquent « Chômeurs rebelles ». Carine, chargée de communication, cherche du travail depuis plusieurs mois. « Cette loi El Khomri n’est toujours pas admissible. Elle ne règle pas le sort des chômeurs. De plus, elle va contribuer à la précarisation du monde du travail dans sa globalité. Aujourd’hui, dans les Hautes-Pyrénées, nous constatons déjà que seulement 8% des offres d’emploi sont des Contrats à Durée Indéterminée ». Christelle, inscrite au Pôle emploi, essaie de lancer une petite entreprise. « L’article de la loi qui consiste à supprimer les diplômes des artisans est révoltant. Le savoir-faire artisanal ne doit pas être bradé ». Yolande, secrétaire, est toujours au chômage après avoir suivi une formation. « La loi El Khomri marque une régression concernant la santé des salariés. La visite médicale d’embauche n’est désormais plus obligatoire. Autre régression : la limitation concernant l’obligation de reclassement en cas de licenciement ». Les trois jeunes femmes soulignent avec humour que leur présence derrière la banderole du Comité illustre bien la féminisation de la précarité professionnelle aujourd’hui.

Marc, dessinateur industriel, a participé à la plupart des manifestations depuis mars 2016. « Je veux que la loi El Khomri soit abrogée car elle remet en question l’existence d’un socle commun de droits pour les salariés, garanti par le Code du Travail. Désormais, chaque entreprise pourra remettre en cause ce Code et imposer des mesures qui conviendront aux employeurs, en s’appuyant sur les rapports de force souvent défavorables aux salariés sur le plan local ». Alex, salarié de Daher-Soccata, a débrayé une heure et demie ce jeudi matin pour participer à la manifestation. « Je combats cette loi « Travail » parce qu’elle a été adoptée avec l’article 49.3, sans tenir compte de l’avis des salariés et des parlementaires. De plus, elle va se traduire par une régression sociale majeure ».

Les lycéens de Marie Curie, à Tarbes, ont aussi rejoint le défilé du 15 septembre. « La loi Travail a été adoptée pendant l’été, presque en catimini », dénonce Nils, en classe de première. « Pour le travail des jeunes, pour notre avenir dans les entreprises, c’est un recul terrible. Alors que nous devrions essayer d’avancer vers la réduction du temps de travail à 32 heures, avec la loi El Khomri, il sera possible de nous imposer des horaires à rallonge ». De son côté, Lison, elle aussi en première, précise : « Nous continuerons à nous battre contre cette loi dangereuse, pour la population active ou en devenir. Nous réfléchissons à l’organisation d’actions futures avec les autres lycéens ». Jason, en classe de seconde, situe le débat à un niveau plus politique. « Cette loi a été adoptée en utilisant l’article 49.3, sans tenir compte de l’opinion des citoyens. Cela signifie que nous sommes plus dans une oligarchie que dans une démocratie ». Enfin, Thomas, qui démarre sa classe de seconde, confie : « Cela nous ennuie de devoir rattraper les cours, après avoir participé à cette manifestation. Mais nous refusons d’accepter cette loi « Travail », et c’est pour cela que nous sommes là aujourd’hui ».

Plusieurs collectifs ou associations ont effectué le déplacement dans les rues de Tarbes ce jeudi matin. Les militants d’ATTAC 65 diffusent un tract appelant à l’abolition de la loi El Khomri. Ils proposent aussi trois séries de réformes « radicales » : revaloriser le travail, « car c’est la source de la richesse des nations ». Relocaliser les activités, pour « sauvegarder les emplois et reconstruire une économie fondée sur les relations de proximité ». Enfin, mettre la finance au service de la société et de la transition énergétique. Le collectif Hautes-Pyrénées « Coalition 21 climat » invite le public à la « Journée nationale de transition citoyenne » qu’il organise le samedi 24 septembre, à Tarbes. Dans le tract distribué lors de la manifestation, le collectif appelle notamment les citoyens à « une profonde transition sociale, écologique et économique de la société ». Enfin, les membres du collectif « Nuit Debout », qui continuent à prôner « la convergence des luttes », invitent les citoyens à se retrouver pour débattre les vendredis soirs à 20h, place de l’Hôtel de Ville à Tarbes ou sur le carré des producteurs de la Halle Brauhauban, en cas de pluie. Ils proposent aux personnes qui souhaitent contacter « Nuit Debout » en dehors de ces rendez-vous de leur déposer des messages au « Celtic bar » de Tarbes. En fin de cortège, les militants du PCF, du Parti de Gauche, de NPA ou de Lutte Ouvrière défilent. Certains avec leur banderole. D’autres avec des signaux plus discrets, comme le tee-shirt : « insoumise », allusion au mouvement de soutien à la campagne de Jean-Luc Mélenchon.

L’arrivée de la manifestation sur la place de Verdun est ponctuée par le discours de l’intersyndicale CGT-FO-FSU-Solidaires, présenté cette fois-ci par le secrétaire de l’UD-CGT, François Dousseau. « Si cette loi n’est pas bonne pour les salariés et les jeunes, elle ne le sera pas non plus pour l’économie du pays. Alors que le chômage et la précarité augmentent, en affaiblissant les conventions collectives au profit des accords d’entreprise, cette loi va accroître la logique de dumping social et apporter davantage de flexibilité et de précarité, qui vont de nouveau alimenter la régression économique ». Les syndicats assurent par ailleurs que « cette loi est illégale au regard du Droit international. Elle contrevient aux conventions 87, 98 et 158 de l’Organisation Internationale du Travail relatives à la négociation collective, aux libertés syndicales et aux licenciements. Quelle honte pour notre pays ! La réputation de la Patrie des Droits de l’Homme en prend un sacré coup ! ». L’intersyndicale affirme que « malgré l’adoption de la loi, malgré la répression anti-syndicale, malgré la logique anti-démocratique imposée par un Gouvernement socialiste très affaibli par les mobilisations, nous n’abdiquerons pas ! Le combat devra se poursuivre lors de l’écriture des décrets d’application de cette loi et de sa mise en œuvre dans les entreprises. Nous utiliserons toutes les armes juridiques possibles pour entraver son application ». Les syndicats concluent leur intervention par un appel : « Soyons confiants et optimistes sur notre capacité à poursuivre et à amplifier la mobilisation pour gagner l’abrogation de la loi Travail ». Ils proposent aussi aux manifestants de signer la pétition présentée par les agents CGT et FO de l’Hôpital de Lannemezan.

Sur une table dressée place de Verdun, Wilfrid, l’un des délégués des agents hospitaliers, explique le sens de cette action collective. « Nous soutenons la demande de dérogation des hôpitaux spécialisés de Lannemezan pour ne pas adhérer au groupement hospitalier de territoire, qui comprendra Tarbes, Lourdes, Bagnères, Astugue et Lannemezan. Ce regroupement entraînera une mutualisation des services et des personnes. Cela s’exercera au détriment de la qualité du service de santé et de l’offre de prise en charge de proximité ». En quelques minutes, les signatures remplissent plusieurs feuilles présentées par les militants syndicaux. D’autres mobilisations sociales se profilent à l’horizon des Hautes-Pyrénées. Sous le ciel lumineux de l’été finissant à Tarbes flotte encore un air de révolte …

Jean-François Courtille